Il y a ce que l’on vit, et comment on le vit…

L’intensité avec laquelle nous vivons un évènement n’est pas nécessairement proportionnelle à la gravité de cet évènement.

Je viens d’être traitée pour un cancer, 6 mois de chimiothérapie et d’immunothérapie. Et bien j’ai géré ce passage de ma vie beaucoup mieux que ce que j’aurais imaginé, avec pragmatisme et optimisme.

A contrario, un évènement à priori insignifiant m’a beaucoup perturbée. J’ai lancé une invitation à des amis chers que je ne vois pas beaucoup.

J’attendais impatiemment leur réponse qui ne venait pas. 1 Jour, 2 jours… Au réveil du 3e jour, je me sens fatiguée, maussade, négative, les autres m’agacent et je n’ai envie de rien. C’est là que ma pratique du focusing est précieuse. Je me rends compte en allant prendre ma douche que je ne suis pas joyeuse comme d’habitude, que je traîne un boulet, que quelque chose me freine.

C’est la première étape, prendre conscience de l’émotion ou des émotions dans lesquelles nous sommes pris. Alors je prends un temps, je m’arrête, je m’assois confortablement et je me mets à l’écoute de mes sensations corporelles : le contact du corps avec tout ce qu’il touche, les sons, la lumière, ma respiration. Dans un premier temps un bien-être m’envahit, c’est bon de se « retrouver », de ralentir. Toujours à l’écoute de mes sensations, je ressens quelque chose de tendu dans ma poitrine, comme de la colère, et je repense à cette invitation. Je prends le temps de reconnaître comment ça se tend là, que c’est ok d’être en colère, « ça » a le droit de penser « allez tous vous faire cuire un oeuf !! ».

Puis je sens mon coeur se pincer. Là encore je prends du temps pour bien ressentir ce qu’il se passe, reconnaître cette part de moi qui se sent triste. Elle se sent rejetée, sans valeur, elle n’intéresse « personne », elle se sent « déçevante », « tout le monde » la rejette. Elle a peur d’être abandonnée. Je prends encore du temps avec cette part de moi qui souffre. Et alors elle me montre à quel point elle se réjouissait de voir ces amis, de partager du temps avec eux, comme c’est intense et joyeux pour elle et comme elle est déçue que cela n’ait pas l’air réciproque, elle ne comprend pas que ces amis ne se jettent pas immédiatement sur leur téléphone pour répondre. Là encore je prends du temps, sans jugement ; et cette part de moi se détend. Cette part est très agréable à ressentir, elle est pleine de de force et de joie, elle rayonne, elle rit.

Cet exercice qui m’a pris 15 minutes au plus me permet d’être au clair avec moi-même, apaisée, à nouveau joyeuse et aussi de choisir ma réaction sans être dominée par mes émotions. Je vois ce qui se passe en moi, les croyances que cet incident est venu réveiller. Je décide d’exprimer mes doutes à mes amis (« je vous sollicite trop ? ») et surtout mon affection, que leur amitié m’est précieuse et que j’ai très envie de partager de bons moments avec eux. Ils me rassurent (enfin !  ), ils sont simplement engloutis dans le rythme de la rentrée.

Tout ça pour ça ? Pourrait-on penser… Ce qui est une croyance douloureuse pour l’un semble insignifiant pour un autre. Et pourtant qui ne se laisse pas enfermer dans une croyance sur lui-même à un moment de sa vie ? Ou pire, toute sa vie ? Ces croyances nous enferment dans des schémas de pensée, dans des comportements répétitifs, qui viennent renforcer encore ces croyances. La boucle est bouclée, tout est bien verrouillé.

Je vous invite à faire un pas de côté, à écouter votre corps qui détient une autre sagesse, une autre connaissance. On débranche le mental et on écoute les sensations. Cette pratique répétée installe peu à peu une nouvelle relation à soi, une qualité d’écoute, plus douce, moins jugeante. Et peu à peu quelque chose se libère, on respire mieux, on est plus joyeuse, on se connaît mieux, on est plus authentique. Et en conséquence plus confiante.

L’objectif n’est pas de ne plus avoir de croyances, mais de les reconnaître suffisamment tôt pour ne plus les laisser diriger notre vie, pour s’y perdre moins longtemps. A force, ces schémas desserrent leurs étaux et perdent en intensité. La liberté commence là.

Bonne écoute,

Lysanne Bour
Praticienne en focusing
Diplômée de l’Institut de l’Autoaccompagnement